16/04/2015

LES FILMS DE SUPER-HEROS

La super-overdose, ouais !






      Depuis 2006, les films de super-héros pullulent sur grand écran. Le succès (et le rachat par Disney) de Marvel a provoqué un immense ras de marée d'adaptations du côté d'Hollywood. Doug Creutz a publié dans le Hollywood Reporter un rapport alertant les studios sur les dangers de la multiplication de blockbusters héroïques : « Vous ne pouvez pas tous avoir du succès en faisant la même chose ». Et ce n'est pas le premier à en parler.




Les barbus avant-gardiste


       Rappelez-vous : tonton Spielberg et tonton Lucas annonçaient en 2013 une implosion du système du fait de production à outrance et sans effort créatif de films purement mercantiles. Creutz va plus loin expliquant que « L'état du box-office continue d'empirer alors que les studios resserrent leurs stratégies autour des blockbusters ». L'été 2014 est la pire fréquentation en salle depuis... la sortie du premier Star Wars, c'est à dire, 1977. Il y a donc un déclin à proprement parler du box-office local. Cependant le constat est différent car dorénavant il y a au moins un blockbuster toutes les deux - voir trois - semaines contrairement à 1977. Malgré le succès surprise d'American Sniper, Marvel a une nouvelle fois montré sa supériorité face aux autres studios cette année. Seuls Transformers 4 et The Hobbit 3 ont réussi également à surpasser les studios grâce, et uniquement grâce, aux recettes internationales (1 091 405 097 $ pour le premier et 954 916 285 $ pour le second – source Box Office Mojo). 



        Creutz en rajoute même une couche dans son rapport : « Nous sommes de plus en plus soucieux envers les stratégies quasi-identiques des grands studios, qui risquent d'endommager l'industrie et accélérer les tendances séculaires négatives déjà existantes ». Il laisse donc entendre que les studios pourraient se marcher sur les pieds, et entraîner les autres dans leur chute. Et quand on voit le calendrier pour les cinq prochaines années à venir, il y a de quoi s’inquiéter. 


Un calendrier chargé comme un russe en plein apéro


C'est bon ? T'as digéré le graphique ? Bien bien, on va en parler un peu alors...

        Comme vous pouvez le constater, ces derniers temps Marvel encaisse la caillasse comme une caissière de supermarché. Habitué à produire 2 films par an, leur calendrier, récemment déboussolé par le reboot du prochain Spider-Man en association avec Sony, compte dorénavant 3 films entre 2017 et 2018. Ce qui est tout simplement énorme. Du coup, le temps dédié à chaque "produit" est de plus en plus court, provoquant généralement de la même manière une baisse qualitative et d'originalité. De plus, Marvel est considéré comme le champion de la promotion poussive laissant aucune chance au spectateur de passer à côté de n'importe quelle bande-annonce. Tout d'abord, des trailers sont mis en ligne un an avant la sortie en salle. Trailers où d'ailleurs on ne voit strictement que dalle... jusqu'à à une dernière bande-annonce blindée de spoilers ne laissant aucune surprise aux futurs consommateurs spectateurs. Simple exemple, les dernières bandes annonces d'Avengers, l'ère d'Ultron montrent la combinaison Hulkbuster porté par Iron Man, enlevant tout effet de surprise et engendrant par la même occasion un bon gros spoiler à demi-dévoilé (Hulk « contrôlé » par Scarlet Witch). Avec l'appui de Disney, Marvel Studios dispose d'une santé financière concrète et solide. Dorénavant, si une de leurs futures productions fait un flop, Marvel disposera tout de même de compensations grâce aux succès probables des films suivants. A moins qu'il ne subisse l'effet domino...

  Quant à DC et Warner, ils sont grave à la bourre. Disposant également de super-héros reconnus à travers les âges (Superman, Batman, Green Lantern, Flash, Wonder Woman...), ils essayent de rattraper leur retard, quitte à faire n'importe quoi. The Flash sortira le 23 mars 2018 alors qu'une série télé sur le même super-héro est déjà en cours de diffusion. Ezra Miller (Le monde de Charlie, We Need To Talk About Kevin) tiendra le rôle de Barry Allen alors que Grant Gustin tient également le même rôle dans la série. Cela peut prêter à confusion, d'autant plus qu'il existe plusieurs Flash dans l'univers DC. Donc pourquoi utiliser de nouveau l'original ? Mais peut-être que d'ici 2018, la série n'existera plus et ils pourront recommencer à zéro, comme si de rien n'était. Qu'en est-il du cas "Aquaman" ? Soldé à Jason Momoa, sans doute uniquement là pour attirer le fan de série télé comme ce fut le cas de Peter Dinklage pour X-Men Days of the Future Past (ndr = une petite note pour les non-aficionados dont l'auteur de cet article fait partie, Momoa prête ses traits bovins au Khal Drogo dans Game of Thrones, saison 1, tout comme le sus-nommé Dinklage qui incarne Tyrion Lannister, dit le lutin, dit la seule et unique raison de poursuivre cette adaptation TV CDiscount foireuse et largement surestimée qui commence sérieusement à nous les briser menues. Mais ceci n'est pas le sujet.). Celui que l'on surnomme (ou plutôt que je surnomme) le "Conan du pauvre" aura-t-il l'aura et la popularité nécessaires pour tenir un premier rôle ? J'en doute fortement. Momoa est un peu le Chris Hemsworth de DC/Warner, un gugusse qui risque de devenir le sidekick de sa propre histoire. Encore faudrait-il que Warner trouve à Aquaman un antagoniste parfait à l'image de Tom Hiddleston pour Thor.

  Paradoxalement, l'agenda DC/Warner reste limité dans sa line-up. En comparaison avec Marvel, DC/Warner a moins de super-héros connu du grand public. Cela se voit parfaitement sur leur calendrier. Sérieusement qui va voir un film basé sur Cyborg ? Quasiment personne. De même que Marvel au niveau des publications papiers, la seule chose à faire pour DC est de renouveler la sortie des comics à l'effigie des héros. C'est également pour cette raison que Suicide Squad est en cours de production. Le manque de super-héros iconiques laisse place à de véritables anti-héros charismatiques. De plus, cette limitation peut être bénéfique sur le plan scénaristique. Ainsi, une Justice League avec un effectif moindre laisserait de la place et éviterait par la même occasion de simples apparitions éclairs et clins d’œil plombant l'intrigue. C'est d'ailleurs ce qui risque d'être problématique du côté de Marvel Studios avec Captain America : Civil War, où normalement tous les super-héros sont impliqués dans la bande dessinée.


Une sensation de déjà vu


  Mais finalement qu'est ce qui devient le plus frustrant dans tout ça ? Qu'est ce qui  provoque déjà ce sentiment irrémédiable de lassitude dans le film de super-héros ? La réponse la plus évidente serait au niveau de la narration. Avant le premier Avengers, chaque héros de la phase 1 (Iron Man, Thor, Captain America) avait son propre film (oui à part Nick Fury, Veuve Noire et Hawkeye, on vous a compris les deux du fonds... Mais en même temps qui voudrait regarder un film avec comme unique protagoniste Hawkeye ?) afin de tout mettre en place (personnages, intrigue, motivations et tout le tintouin). Or, tous ces films sont dessinés avec un schéma quinaire identique et des plus classiques :

  •  1 - On a un personnage tourmenté
Tony Stark reçoit des éclats de shrapnel dans le premier film. Son cœur artificiel vacille dans le 2 et il ne peut plus dormir dans le 3.                                        
Thor fait preuve d'orgueil et est impulsif dans le premier. Il est toujours aussi con dans le 2.

Steve Rogers est recalé du service militaire alors qu'il souhaite se battre pour son pays. Dans la suite, il s'efforce de s'adapter au monde moderne.

  • 2 - Un élément déclencheur provoque la motivation du héros
Tony Stark créé sa première armure alors qu'il est encore prisonnier de guerre. Dans Iron Man 2, il est confronté à Ivan Vanko, possédant la même technologie que lui. Dans le troisième opus, Stark défie le Mandarin. 

Thor est renvoyé de Midgard. Dans The Dark World, il est confronté à Malekith (qui n'en profite jamais).

Rogers reçoit le sérum du super soldat et est confronté pour la première fois à l'Hydra. Dans sa suite, il pourchasse le Winter Soldier. 

  • 3 - Le héros est mis en déroute
Stark est débouté de Stark Enterprises par Obadiah Stane. Dans Iron Man 2, il a un problème d'alcoolisme et enfin dans le troisième opus il est attaqué par l'organisation terroriste du Mandarin.

Thor n'arrive plus à soulever son marteau et se résigne à vivre sur Terre. Dans The Dark World, Thor ne parvient pas à retenir l'attaque sur Asgard.

Rogers est devenu un monstre de foire afin de divertir les soldats. Dans la suite, il est mis au banc des accusés par le Shield.

  • 4 - Enfin, il y a la remotivation du héros, notamment par le biais du personnage féminin... blabla...


  • 5 - Puis badabim, victoire finale. Sonner les trompettes, bisous sur la bouche  etc..



De vrais lovers du dimanche

Forcément ce genre de rapprochement fait bien évidemment penser à la théorie du monomythe de Joseph Campbell. Pour résumer ce concept, Campbell avance l'idée que les grands récits de la mythologie (occidentale du moins) reposent sur une structure commune à partir de laquelle les auteurs y brodent des variations de leur imagination. Cette ossature repose de fait sur l’évolution du personnage principal tout au long du récit. Dans son livre, Le Héros aux mille et un visages, sorti en 1949, Campbell explique que le héros traverse une progression symbolique sur 17 étapes. À travers celles-ci, l’individu passe ainsi du particulier à l’universel, du spécifique à l’archétype total, et enfin du commun à la légende. 


     Les travaux de Campbell ont été repris et adapté comme technique d'écriture en littérature et au cinéma pour la conception de scénarios. George Lucas a même admis s'être inspiré de sa théorie pour sa saga Star Wars. Plus récemment Christopher Vogler a publié Le guide du scénariste en 1992, réduisant le nombre d'étapes à 12, s'adaptant plus aisément ainsi à la vie d'un être humain moyen, favorisant donc également une meilleure identification dans notre société actuelle. Comme l'a dit autrefois Alexis de Toqueville, c'est la "moyennisation de masse"...

  Comme on peut le voir sur le calendrier, de nouveaux héros vont faire leur apparition sur grand écran dans les années à venir. Prenons l'exemple de Black Panther dont la sortie est prévu pour 2018. L'acteur est déjà connu, Chadwick Boseman ayant auparavant joué James Brown dans le biopic Get on Up. Le réalisateur n'a pas encore été annoncé, mais ça on s'en fout ! Son talent artistique sera certainement bouffé par Kevin Feige. Il y a fort à parier que le schéma narratif du film soit la même que les premiers films, puisqu'il faudra TOUT remettre en place. Un nouveau héros avec des motivations qui lui sont propres, un nouveau décor, le Wakanda (pays fictif de l'univers Marvel se trouvant en Afrique centrale), et bien évidemment de nouveaux antagonistes. Même si Black Panther fera une apparition dans Captain America: Civil War en 2016, il y a fort à parier que celle-ci risque d'être anecdotique, voir tourné sous forme de clin d’œil. Même chose pour Dr. Strange, puisqu'il faudra instaurer le monde de la magie dans l'univers cinématographique (et non pas seulement faire un vieux teaser post-générique comme dans Captain America : Le Soldat d'Hiver). Comme tous les précédents, chaque film à venir risque de ne reposer que sur une simple évolution du héros traversant des obstacles.


Remake et rebooooooooot


  C'est bien connu, Hollywood bouffe à tous les râteliers. En 20 ans le nombre de films de super-héros a été multiplié par six. Lorsque quelque chose marche, forcément le reste des gros studios foncent dans la brèche. Un peu comme en France, sauf que nous on a Dany Boon, Franck Dubosc et Kad Merad. Durant ces 10 dernières années les adaptations les plus répandues sont les romans pour ados et les comics américains. Pourquoi ? Parce que ce sont les plus rentables, tout simplement. Alors quand les grands studios ont déjà tirés toutes leurs cartouches avant la hype, ces derniers décident ni plus ni moins de procéder immédiatement à des reboots et des remakes. Enfin... surtout à des reboots, comme le démontrent les Amazing Spider-Man 1 et 2, ou encore les prochains Fantastic Four et Green Lantern. Certes, ils repartent sur de nouvelles bases (casting, histoire, enjeux etc...) mais cette accumulation de reboots frise le ridicule.

Tiens, en parlant de ridicule... et de reboot.
  Seulement cinq années séparent le Spiderman 3 de Sam Raimi de The Amazing Spider-Man réalisé par Marc Webb. Ce qui est rien quand on prend en compte la production de ce genre de film. Il faut quand même expliquer que The Amazing Spider-Man était à la base considéré comme le quatrième opus, avant que Sam Raimi et Tobey Maguire mettent la clé sous la porte de Sony. Ces derniers ont donc profité de cette opportunité pour tout recommencer. On prend un jeune acteur en devenir, Andrew Garfield, permettant une fois de plus d'attirer un jeune public. On change de ton, tout en essayant de donner un côté plus adulte et noir car les Batman de Nolan cartonnent, et c'est reparti... Ou pas. Il y a quelques semaines, Sony annonce de nouveau un reboot de l'homme araignée, avec l'appui cette fois-ci de Marvel en coproduction. Mais pourquoi ? Tout d'abord The Amazing Spider-Man 2 a rapporté 708 millions de dollars à travers le monde alors qu'Amy Pascal, coprésidente de Sony Pictures à l'époque, espérait dépasser le milliard de recettes. D'autant plus que le budget était de 230 millions, plus cher que Captain America : Le Soldat d'Hiver et Les Gardiens de la Galaxie, coûtant 170 millions chacun, pourtant sortis la même année et ayant rapporté même plus. Sony est actuellement acculé du fait des précédentes pertes financières mais également du piratage en décembre dernier. Au pays de la cape, tout n'est qu'affaire de pognon. Heureusement, les produits dérivés sont là pour arrondir les recettes des gros studios...

  Alors oui, forcément, ce mouvement va s'essouffler d'un moment à un autre. Durant les prochaines années, le marché arrivera à totale saturation et va provoquer (je dirais même que c'est déjà le cas en 2014) une instabilité à rentabiliser ses films. Mais ce problème ne va pas seulement affecter que le super-hero movie, mais c'est bien toute l'économie du blockbuster en général qui risque d'en pâtir, celle-ci étant toujours bloquée dans son processus infernal à ne produire que des sagas à rallonge et des suites sans aucune originalité. 2015 définit parfaitement cette mouvance.  Jurassic World, Mad Max Fury Road, ou encore Terminator : Genysis sont là pour prouver le manque d'audace des grands studios. Malheureusement, cette chute des titans risquent aussi d’entraîner à leurs côtés d'autres films beaucoup plus modestes et qui par mégarde aurait pu susciter un intérêt plus grand grâce au principe de liberté de création. Va-t-on un jour tomber sur un nouveau Nouvel Hollywood ? Peu probable.
  Il est vrai que je n'ai pas de réponses concrètes, mais l'enthousiasme des premiers instants a d’ores et déjà disparu et risque désormais de céder sa place à une monotonie radicale. Personnellement, je vois mal les prochains Marvel et DC toucher du doigt une certaine forme d'originalité comme ce fut le cas avec Les Gardiens de la Galaxie ou à un degré moindre Captain America : Le Soldat d'Hiver
   Les blockbusters ont d'ailleurs toujours fonctionné par période : les spectateurs attirés par le succès d’un film précurseur. Que ce soit les péplums, les films de guerre, de science-fiction, ils ont tous connus leurs heures de gloire avant de laisser place à une nouvelle génération. 

      Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait mais la théorie de l'évolution marche aussi pour le cinéma. Darwin en serait fier.

Francis Hustler

1 commentaire:

  1. Je regarde toujours des films sur ce site https://voirfilmstreaming.tv/9187-rambo-last-blood-2019.html j'aime beaucoup. Les films sont cool et totalement gratuits, alors regardez tout ce que je vous recommande tout de même

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